Elle s’est assise pour que d’autres puissent se tenir debout

Voilà quelques jours que j’entends toutes sortes de réactions sur les grèves et ce peu importe l’endroit où elles se déroulent.

Je n’ai pas la science infuse, ni la prétention de vouloir convaincre qui que ce soit mais si un autre avis que le vôtre vous intéresse, voici le mien. En toute humilité.

 

Je vais commencer par vous parler d’une grande dame, j’aurais pu choisir l’histoire d’une autre mais la sienne me touche particulièrement.

Rosa Parks est née en 1913 en Alabama, c’est une afro-américaine qui est considéré comme « la mère des mouvements de droits civiques », la Congrès américain la surnom d’ailleurs ainsi.

Regardez y a le Dr King derrière!

Regardez y a le Dr King derrière!

Elle est née dans un Amérique ségrégationniste. Les Blancs et les Noirs étaient séparés, ne pouvaient pas s’instruire dans les même écoles, se marier (la loi autorisant les mariages mixte n’a été votée qu’en 1967), manger dans les mêmes restaurants ou encore boire des mêmes fontaine d’eau publique.

Ça semble dingue et pourtant ce n’est pas si loin.

Rosa vit dans ce monde séparé en deux, elle va à l’école à pieds tandis que les enfants Blancs y vont en bus scolaire et n’y trouve rien à redire, elle dira lors d’une de ses nombreuses interventions publique :

« Je voyais passer le bus chaque jour. Mais pour moi, c’était comme ça. Nous n’avions d’autre choix que d’accepter ce qui était notre quotidien, un très cruel quotidien. Le bus fut un des premiers éléments par lesquels je réalisais qu’il y avait un monde pour les Noirs et un monde pour les Blancs. »

 

Elle suivra ses études au Alabama State Teachers College for Negroes, oui oui vous avez bien lu et pourtant c’était sa réalité. Elle ne terminera pas ses études pour s’occuper de sa grand-mère malade puis de sa mère.

Elle est élevée dans une famille qui se tenait debout, son grand-père militait contre le KKK (une bande de fantômes aux idées aussi ridicules que leurs accoutrements) et devait monter la garde la nuit devant leur ferme par peur de représailles. Les menaces n’étaient pas imaginaires, son école avait été incendiée à trois reprises par ce groupuscule sudiste.

Rosa se marie en 1932 et son époux la pousse à terminer ses études secondaires malgré les charges du ménage. Imaginez que seulement 7% des noirs américains atteignaient ce niveau d’étude.

Elle travaillera ensuite comme couturière, aide-soignante et exercera d’autres métiers avant d’être secrétaire du Mouvement pour les droits civiques à Montgomery  dans la section pour la progression des droits des gens de couleur en 1943. Elle y est la seule femme, elle n’avait pas osé dire non au post par timidité, elle n’a que 30 ans. On est dans les années 40 hein, resituez la chose.

En 1945, elle travaille dans une base aérienne fédérale ou la ségrégation n’est pas appliquée, elle y est encouragée à se former pour les droits des travailleurs de couleur. Elle ouvre les yeux sur un monde sans barrières.

Bien que les drames raciaux étaient fréquents, en 1955, Rosa est ébranlée par la mort de Emmet Till, un afro-americain de 14 ans torturé et assassiné pour avoir eu une attitude dite « déplacée et insolente » envers une femme blanche.

 

Nous en venons à la partie décisive de l’histoire…

Quatre jours après la mort du jeune garçon, le 1er décembre 1955, Rosa Parks se trouve dans un bus, les quatre premiers rangs sont réservés au personnes blanches. Les Noirs, qui représentent trois quarts des utilisateurs, doivent s’asseoir à l’arrière. Ils peuvent néanmoins utiliser la zone centrale, jusqu’à ce que des Blancs en aient besoin ; ils doivent alors, soit céder leur place et aller vers le fond, soit quitter le bus. Comble de l’humiliation : si ces places sont occupées, les Noirs doivent bien acheter leur billet à l’avant, mais sont tenus de sortir avant de rentrer de nouveau par la porte arrière du bus pour accéder aux emplacements qui leur sont attribués.

Quand le chauffeur du bus, James Blake, demandera à Rosa de se lever pour laisser la place à un blanc, elle va refuser.

« Les gens racontent que j’ai refusé de céder mon siège parce que j’étais fatiguée, mais ce n’est pas vrai. Je n’étais pas fatiguée physiquement, ou pas plus que d’habitude à la fin d’une journée de travail. Je n’étais pas vieille, alors que certains donnent de moi l’image d’une vieille. J’avais 42 ans. Non, la seule fatigue que j’avais était celle de céder. »

bus Rosa Parks

Voici le fameux bus!

Elle est arrêtée, jugée et inculpée de désordre public ainsi que de violation des lois locales.

La nuit suivante, cinquante dirigeants de la communauté afro-américaine, emmenés par un jeune pasteur  à l’époque, le Dr Martin Luther King Jr, se réunissent à l’église baptiste de Dexter Avenue pour discuter des actions à mener à la suite de l’arrestation de Rosa Parks. Ils y fondent le Montgomery Improvement Association, dont ils élisent King comme président. Il y popularise les théories de la non-violence et de la désobéissance civile.

Ils réclament trois changements immédiats :

  1. que les Blancs et les Noirs puissent s’asseoir où ils veulent dans l’autobus ;
  2. que les chauffeurs soient plus courtois à l’égard de toutes les personnes ;
  3. que des chauffeurs noirs soient engagés.

Il s’en suivra un boycott de 381 jours des bus de Montgomery, les gens s’organisent, les chauffeurs de taxi Noirs font payer la course au prix du ticket de bus, des Fonds sont levés pour mettre des lignes de bus parrallèles pour que les gens puissent se déplacer et pour racheter des chaussures. Ben oui en 1955, des nouvelles godasses c’est pas donné…

Finalement, comme c’était la coutume à l’époque, Rosa Parks a été jugée coupable, et elle a été condamnée à payer une amende de 15 dollars.

Mais elle a été l’impulsion d’un mouvement plus grand que son geste, plus grand qu’elle même.

 

A sa mort, en 2005, les premières places des bus de Montgomery étaient vides et le restèrent jusqu’à ses obsèques, à la place y figurait un photo de cette grande dame avec un ruban noir et le message suivant:

« La société de bus RTA rend hommage à la femme qui s’est tenue debout en restant assise. »

 

Je sais l’article est long et sans doute un peu lourd mais mon cœur l’est aussi quand je vois certaines attitudes.

Mon but n’est pas de culpabiliser les gens ou de dire qui agis de la mauvaise ou de la bonne manière, je voudrais juste qu’on ouvre les yeux sur ce que nous sommes, des être humains!

L’entraide est notre seul salut, et cela concerne aussi bien la pauvreté que les attaques aveugles de forcenés. Et évidemment cela concerne les grévistes.

Quand quelqu’un se bat pour ses droits, c’est aussi un peu pour les tiens (beaucoup même), je suis d’accord qu’une certaine maladresse est souvent invitée au bal mais se lever pour revendiquer ses droits est un droit en lui-même acquis au douloureux prix de vies et de coups.

Tu es en retard au boulot? Ben oui, c’est nul mais travailler jusqu’à 75 ans ça l’est encore moins quand tu ne l’as pas choisis.

Tu ne pourra pas aller à l’école et rater un examen? Pas de bol pour cette fois (et les fois d’avant je sais) mais ces bonhommes là bas dehors marchent pour toi aussi mon enfant.

Tu dois te lever plus tôt pour conduire ton enfant à l’école? Moi aussi je râlerais j’avoue, mais pas sur ceux qui réclament plutôt sur ceux qui imposent.

Tu es bloqué dans les embouts? Si t’as faim c’est vraiment l’enfer, mais je te propose de mettre la musique à fond et de chanter à tue-tête, ça fais du bien j’te jure.

 

Voila.

Je suis idéalistes? Sans doute, mais peut-être que tu devrais penser à l’être aussi…

"Chaque personne doit vivre sa vie comme un modèle pour les autres"

« Chaque personne doit vivre sa vie comme un modèle pour les autres »